Plurielle

Je suis en paix avec le monde et je caresse l’illusion que tout va bien et que le monde est aussi en paix avec moi

5 mai, 2013

Et puis j’ai lu ça sur FB…

Il y a quelques jours, je regardais un documentaire dans lequel était interviewé un jeune homme qui participait à la fameuse « marche des beurs » en 1983. Un de mes fils, qui a 18 ans, me fit remarquer que ce jeune homme s’exprimait extrêmement bien, clairement et connaissait parfaitement son sujet. Je lui répondis que dans ces années là, les jeunes des quartiers étaient politiquement « conscientisés », qu’ils étaient capables de s’organiser au delà d’émeutes tiers-mondistes, et qu’ils pensaient en conjuguant tous les verbes avec « nous ». Et pour moi, voilà le terrible changement auquel nos sociétés, principalement urbaines, doivent faire face : l’ultra-individualisme…

Et le 11 septembre 2001 a scellé le côté irréversible de ce changement, car le premier support culturel de notre pays qu’est la télévision a complètement basculé dans un flot d’informations tragiques et effrayantes, de publicités rassurantes et de téléréalité absurde. L’information se délecte de faits divers violents qui étaient cantonnés aux colonnes de la sixième page du journal local il y a 30 ans. Et tous les Français se disent, » mon Dieu, que ce pays est devenu violent ! ». Violent ? Des aînés me racontaient l’autre jour comment ils se battaient dans les années 60, à 400 gars contre 400 bougres, ou à l’époque des « blousons noirs », comment le public s’affrontait à coup de chaises et de barres de fer pendant un concert de… Johnny ! Cela renvoie le grand méchant « gangster rap » français, si souvent décrié, dans la catégorie « musique pour enfants », si ça se passait aujourd’hui, ces « bastons » feraient la une du JT de 20 heures, et pour peu que les protagonistes soient des « caïds de cité – noirs – arabo – musulmans – armés jusqu’aux dents », on en aurait pour 6 mois…

Effectivement, les gamins des quartiers n’ont majoritairement plus aucune conscience sociale, ni politique. Ils veulent ressembler à « monsieur tout le monde », mais version riche. Car les formidables émissions télé qu’ils affectionnent leur rabâchent que l’apparence est primordiale, la forme l’emporte sur le fond. Du coup, ils veulent la femme avec la parfaite plastique, l’appart, la grosse voiture, les vêtements chers, et si possible: la rolex… Et si certains d’entre eux sont délinquants pour pouvoir accéder à leur idéal, ce ne sont pas des « robin des bois », ce sont des délinquants ultra-libéraux.

Ah… pour s’intégrer, ils se sont bien intégrés! Puis, lorsqu’ils s’aperçoivent que le modèle libéral ne fonctionne pas pour tous, ils partent en quête d’un idéal des origines, qu’ils ne connaissent pas pour la plupart, et le trouvent dans la voie des interprétations extrêmes car c’est la seule qui les valorise à leurs yeux, c’est la désintégration.

Dans tous ces changements de cap, les maître-mots sont « s’en sortir ». Seul. Les réseaux sociaux sont là pour l’attester, tout comme les forums, les commentaires correspondent souvent à un gonflement de l’égo. Un quotidien coincé entre clics, buzz, tweets, et vues…

D’un autre côté, chez certaines personnes qui vivent un rêve gauchiste en habitant dans le 19ème à Paris ou au Panier à Marseille, qui vont aux « sardinades » comme les prolos, et qui nous distillent à nous les gens du Hip-Hop, des leçons de comportement à longueur de temps, on ne fait aucun effort pour cerner cette jeunesse. Puis vient la tarte, bien lourde, un dimanche, en rentrant chez soi, et on se fait voler son portable dans la foulée, les dangers du 19ème n’est-ce pas ? Ils étaient de gauche… jusqu’à l’agression.

Pour finir, dans cette France « profonde » ou on se jalouse, ou on vole la veste du petit camarade de son fils sur le portant de l’école maternelle tout en pestant contre les immigrés, ou on se délecte de voir des « stars » déchues de la télévision s’exploser dans une piscine en sautant de quinze mètres, on est convaincu que le pays sombre dans la violence. Oui, toute cette violence exhibée dans les médias est un formidable outil promotionnel, elle engendre la peur et la peur engendre la division, le désir de sur-consommation et la désignation de « l’autre » comme coupable d’une hypothétique situation critique. On s’isole, on essaie de « faire son trou » et les nouvelles valeurs télé-réalité-esques nous disent qu’on peut tricher, dénoncer, critiquer, faire des sale coups : c’est cool ! C’est le jeu ! Chacun sa mère comme on disait quand on était minots ! En bout de chaîne, les hommes et femmes politiques se sont adaptés à ce système, ils « squattent » les antennes radio, télé à tel point qu’on a le sentiment que c’est cela leur boulot finalement. Non, leur boulot c’est d’exécuter les tâches qu’ils ont promis d’accomplir quand ils ont été élus, à moins qu’ils ne travaillent depuis un bureau à BFM, i>Télé ou RTL… Auto-promo permanente… Il faut savoir se placer.

Dans tout ce chaos, je ne sais même pas ou me situer, je ne dis pas que je suis meilleur, je tombe certainement dans un de ces cas de figure parfois. Mais j’essaie de lutter contre, de penser au pluriel, éduquer mes enfants correctement, exprimer mon amour aux miens quotidiennement et faire des choses qui me semblent bien autour de moi constitue un premier pas. J’espère en tout cas, que notre beau pays dans les espoirs, les luttes et les épreuves qui l’attendent, conjuguera son futur avec « nous »…

Akhenaton du groupe IAM

Et puis j'ai lu ça sur FB... dans citations akhenaton-300x300

photo de Karim La Plaine

15 août, 2012

Prière de paix janvier 1945

Classé dans : citations,littérature,poesie — kinkajouunblogfr @ 0:29

Prière de paix janvier 1945 dans citations Léopold_Sédar_Senghor-300x203Seigneur Dieu, pardonne à l’Europe blanche.

Seigneur, pardonne à ceux qui ont fait des Askia des maquisards, et de mes princes des adjudants, de mes domestiques des boys, et de mes paysans des salariés, de mon peuple un peuple de prolétaires, car il faut bien que Tu pardonnes à ceux qui ont donné la chasse à mes enfants comme à des éléphants sauvages. Et ils les ont dressés à coup de chicotte, et ils ont fait d’eux les mains noires de ceux dont les mains étaient blanches. Il faut bien que Tu oublies ceux qui ont exporté 10 millions de mes fils dans les maladreries de leurs navires et qui en ont supprimé 200 millions ; et ils m’ont fait une vieillesse solitaire parmi la forêt de mes nuits et la savane de mes jours.

Seigneur, la glace de mes yeux s’embue, et voilà que le serpent de la haine lève la tête dans mon cœur, ce serpent que j’avais cru mort. Tue-le, Seigneur, car il me faut poursuivre mon chemin, et je veux prier singulièrement pour la France.

Seigneur, parmi les Nations blanches, place la France à la Droite du Père.

Ô, Bénis ce peuple, Seigneur, qui cherche son propre visage sous le masque, et a peine à le reconnaître.

Et bénis avec lui tous les peuples d’Europe, tous les peuples d’Asie, tous les peuples d’Océanie, tous les peuples d’Afrique, tous les peuples d’Amérique qui suent sang et souffrances. Et au milieu de ces millions de vagues, vois la tête houleuse de mon peuple, et donne à leurs mains chaudes qu’elles enlacent la Terre d’une ceinture de mains fraternelles dessous l’arc-en-ciel de Ta Paix.

Amen !

Léopold Sédar Senghor

31 mars, 2012

Relais d’une analyse psychologique : La couleur dans la peau. Ce que voit l’inconscient

Classé dans : antilles,citations,humeurs,mode de vie,point de vue,reflexions,relations,societe — kinkajouunblogfr @ 11:29

 

C’est une collègue que j’aime bien, elle a un penchant très affirmé pour les amants noirs et nous discutions de ce qui fait l’identité nationale à travers le regard et les préjugés : il ne faudrait pas me dit-elle que ça vire à la parano, alors que je lui indiquais mon exaspération à cette question que d’aucuns s’autorisent à me poser en toutes circonstances : tu viens d’où ? Comme si eux n’avaient pas aussi une origine ! Et voilà que je tombe sur ce texte et que je vais me précipiter chez mon libraire pour soigner ma parano naissante :

Relais d'une analyse psychologique : La couleur dans la peau. Ce que voit l'inconscient dans antilles 5684f87c1-200x300

La couleur dans la peau. Ce que voit l’inconscient

Sabine Belliard. Albin Michel, 2012, 272 p., 22 E
Article modifié le 23/03/2012 (Espace freudien Madinin’art)

Elle pousse la porte d’une boulangerie. Dès qu’il la voit, le vendeur détourne la tête et la sert sans même la regarder, sauf au moment du paiement, où il consent à lui jeter un coup d’œil de biais, « comme en marchant on sauterait par-dessus une flaque d’eau sale inévitable », racontera-t-elle plus tard, en tentant de décrire tant bien que mal cette expérience violente, sensorielle et solitaire qui s’est déroulée en deçà des mots. « Je savais ce qu’il pensait :  »Une Noire ». Pas une Africaine, là encore ce serait différent, mais  »une Noire », point. Ça immobilisait tout et je ne pouvais rien en dire. Je me sentais coincée par ce que je savais bien qu’il pensait, et qu’il n’aurait jamais admis si je l’avais dit tout haut. »
Nous ne nous voyons pas. Certes, nous avons une représentation interne de notre visage mais à quoi ressemblons-nous précisément ? s’interroge Sabine Belliard, psychologue clinicienne, psychothérapeute et chargée de cours à l’université Paris-Diderot, qui nous donne à découvrir un fort beau livre sur les trajectoires de ces hommes et de ces femmes pour lesquels la couleur de peau fait une identité. Pour sentir que notre visage existe, nous avons besoin du regard d’un autre. Le premier miroir qui fait consister le visage de l’enfant, c’est, dit Winnicott, le visage de la mère : c’est précisément en se voyant dans le regard de la mère que le bébé va pouvoir se construire en tant que personne psychique. Or, à l’âge adulte, il est des regards qui en un instant vous rendent à la vie et d’autres qui vous dé-visagent littéralement, vous réduisent à votre seule couleur de peau et vous font disparaître en tant qu’individu, pour n’être plus qu’une Noire, comme d’autres ne sont plus qu’une « face de citron » ou « une basanée ». Quand la teinte d’un visage est banale, la peau d’une personne marchant dans une foule ne se remarque pas vraiment. Mais il suffit que sa pigmentation se singularise pour qu’elle perde ce caractère anonyme qui « la met à l’abri d’un regard trop précis » et qu’elle déclenche alors la surprise, la curiosité, le désir ou la haine.

mains-3603-300x288 dans citations
Le terrain de départ de la recherche de l’auteur – qui fit auparavant une thèse sur La peau, sa couleur : du visuel au tactile et dont ce livre a gardé toute la densité tout en étant accessible à un large public -, est celui des Antilles, à la population très métissée, au point que dans chaque famille il est impossible de prédire la couleur d’un enfant à venir. Les personnes rencontrées par Sabine Belliard dans le cas de son enquête composent une fresque édifiante. Dans les paroles de ces hommes et de ces femmes, s’entrechoquent le poids de la grande Histoire et celui de passions tristes faites de ressentiments rances, d’espérances déçues. Pour un peu, on se croirait dans un roman de Faulkner sur le Sud des États-Unis au XIXe siècle ou de J.M. Coetzee sur l’Apartheid en Afrique du Sud. Mais non. Plus de cent cinquante ans après l’abolition de l’esclavage dans les Antilles Françaises, alors que les différences de peau sont la norme aux Antilles, la couleur continue à structurer l’ensemble des relations sociales et, parfois, va jouer un rôle dans la manière dont une famille va investir un enfant. Bien sûr, les mentalités ont évolué, l’œuvre d’Aimé Césaire et le mouvement de la créolité qui plaide pour une définition non raciale de l’identité, ont largement contribué à apporter une « perception plus ouverte des différentes origines et différents phénotypes présents aux Antilles ». Et pourtant, de nos jours encore, pour certains, « est bien sorti un enfant qui a hérité d’une peau claire, plus claire que celle à laquelle on pouvait s’attendre au regard de la teinte de ses parents. » De même, une peau claire est dite « sauvée », et contribue à cimenter le narcissisme familial. Il y a cette jeune femme de 24 ans qui dit sans ambages : « Ma nièce a été sauvée de la couleur de sa maman, parce que, sa maman, c’est vraiment une négresse. » C’est une adolescente, à la peau particulièrement foncée, dont la mère lui a toujours dit qu’elle était laide, et qui se demande si l’on peut être « noir mais beau », « noir mais réussir ». Et puis, il y a cette jeune femme, descendante de békés, anciens esclavagistes de la Martinique, qui se targue de n’avoir dans sa famille, depuis des générations, aucun ascendant « de couleur », et s’est bricolé une existence où la couleur de la peau joue le rôle d’organisateur psychique au point que tout rapprochement amical ou amoureux avec l’autre, le « coloré », est perçu sur un mode quasi paranoïaque, comme un péril dont il faut savoir à tout moment se garder.
« Nous sommes tous des gens de couleur »
La deuxième partie du livre se concentre sur les façons dont notre psychisme va se saisir de la couleur de la peau pour s’exprimer. Car qu’est-ce qu’une rencontre si ce n’est un face à face où « le visage se présente à l’autre comme un écran sur lequel s’affiche ce que vit chaque sujet dans son monde interne [...] » Mais pourquoi parle-t-on de « couleur de la peau » ? A partir de quoi décide-t-on qu’une personne est dite ou non « de couleur » ? La peau humaine peut-elle être vraiment achromatique, sans couleur ? En réalité, il n’y a guère que dans certains cas rarissimes d’albinisme que la peau est dépourvue d’une certaine coloration : un « Blanc » n’est pas blanc, un « Noir » n’est pas noir. Nous sommes tous des « gens de couleur ». De plus, la teinte de notre peau n’est pas fixe. Elle change en fonction de notre état de santé, de nos émotions, de notre âge. Avec minutie et explications scientifiques à l’appui, Sabine Belliard déconstruit brillamment les clichés ineptes qui se cachent parfois derrière nos bons sentiments. C’est passionnant.
Regarder et se laisser regarder, « confier son image à l’autre », met parfois les frontières du moi à si rude épreuve que certains vont jusqu’à agir sur leur « couleur » pour se sentir enfin bien dans leur peau – le cas de Michael Jackson étant bien sûr emblématique d’un processus auquel ont recours des millions d’anonymes, de l’Afrique subsaharienne au Japon. Selon l’auteure, la tendance sociale à valoriser certaines teintes de peau se double de constructions individuelles, pulsionnelles, sexuelles où la couleur sert de masque pour dire les conflits familiaux, les angoisses d’abandon, des fantasmes incestueux, des rivalités féminines, indépendamment de toute considération sociale. Ainsi d’une jeune femme guadeloupéenne qui constate que depuis qu’elle est moins proche de sa sœur, cette dernière aurait foncé ! Et, insiste Sabine Belliard, si aux Antilles il est « courant d’examiner les nouveau-nés pour voir comment ils sont  »sortis », cette question en recouvre une autre, celle de  »l’entrée’, c’est-à-dire comment il a été conçu ». Par exemple, de même que selon certaines croyances populaires on raconte que les enfants roux sont fabriqués pendant les menstrues de leur mère, aux Antilles les bébés « chabins », à la peau teintée de taches de rousseur, aux cheveux blonds, « rouges » ou crépus, renvoient inconsciemment à un acte sexuel particulièrement sensuel et délicat ou a contrario, rapide et sans douceur (ce qu’attesterait l’expression chabin de kut tâbu, chabin fabriqué en deux coups de tambour, à la hâte et donc pas fini, d’où une peau d’une pâleur extrême). Le psychanalyste Jacques André, qui a décidément l’art de dire l’essentiel en quelques pages avec une érudition et une fluidité impressionnantes, termine d’ailleurs la préface de ce livre, en rappelant les mots du grand Faulkner dans Absalon ! Absalon ! : « Cette main noire qui m’arrêtait timidement en se posant sur ma chair de femme blanche [...] dans le contact d’une chair avec une autre chair, il y a comme une dérogation, quelque chose qui coupe net et droit à travers les voies enchevêtrées de l’ordre et des convenances, quelque chose que connaissent les ennemis aussi bien que les amants, car c’est ce quelque chose qui les fait tous les deux. »

Sarah Chiche

12345...13
 

royaumedeprincesse |
Quand il n'y a plus que des... |
bolduc |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Bulles de vie
| Les moments parfaits
| Journal d'une fille sans av...