Plurielle

Je suis en paix avec le monde et je caresse l’illusion que tout va bien et que le monde est aussi en paix avec moi

24 novembre, 2010

Après le séisme

Je vis ici vos hivers qui me sont étrangers,boislele2.jpg

Je rêve d’ici, aux racines  des palétuviers et aux bois « lélé »

Je dis ici la passion,

Je rêve de là-bas, maracudja.

Je bouge ici, biguine,

Je rêve des « la-djà » de là-bas.

Je vis ici la froideur,

Je rêve là-bas… douceur.

Parlez-moi de l’ailleurs

Parlez-moi de chaleur

 

 

ctemartiniquaise.jpgParlez-moi de la mer

Je ne dirais plus l’amer qui me laisse à terre.

 

 

 

 

 

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Ici, anticyclones, moi je rêve cyclones et tremblements de terre.

Je vis ici, coupée en deux par la blessure de l’exil pas seulement économique.

Mes mythes et légendes créoles cautérisent mes plaies, me font métisse.

Et puis il y a cette violence inutile qui m’ébranle comme un séisme et me renvoie à la matrice initiale, au berceau de mon enfance.

Le fatalisme ancestral devant les coups du sort que d’aucuns confondent avec  de la nonchalance prend péniblement forme par des maximes enfouies sous le magma du quotidien :

« Sé la vi ti ma fi …tchimbé raid »

Cette aptitude vitale à se créer une solide colonne vertébrale pour rester droit malgré les épreuves et ne pas courber l’échine dans l’adversité me fait défaut !

J’attends que l’on vienne frapper à la porte de mes rêves pour retrouver l’espoir, pour enterrer mes morts et ne plus jamais trembler pour ne pas subir les répliques du séisme qui entravent mon devenir.

Malgré la dislocation, ne pas m’endormir dans la faille.

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Oublier ce regard d’amour qui ne se pose jamais sur moi. Ne pas le chercher dans la foule. Oublier mes mains si tristes de ne plus avoir à lui offrir leurs caresses. Oublier ses yeux mi-clos sous ces mêmes caresses. Apprendre à aimer la solitude, en faire la chance d’un retour à l’essentiel.

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8 novembre, 2010

Une belle rencontre

Classé dans : bavardages,douceurs,enfants,famille,humeurs,relations — kinkajouunblogfr @ 2:11

C’est une journée que je commence avec beaucoup d’espoir. Je me réveille, non pas grâce au réveil, non pas grâce aux oiseaux, non pas grâce au soleil, mais parce que le rêve que je fais me jette à bas du lit : je le présente à ma fille aînée aujourd’hui !!!

Je vous passe les détails, mais tout y est ! Il se trouve qu’aujourd’hui demoiselle vient déjeuner et qu’elle passera presque toute la journée avec moi. Alors ce rêve me perturbe un tantinet car, d’une part, demoiselle fait des efforts considérables pour accepter ma séparation d’avec son père et pour se rapprocher de moi. D’autre part ça fait un siècle que je n’ai pas vu Bel-ami. Alors si ce rêve devait se réaliser j’ai moins de deux heures pour devenir funambule.

sesyeux.jpgIl m’a écrit hier donc il est peu probable qu’il se manifeste aujourd’hui, ce rêve m’agace autant que j’aimerais qu’il se réalise…

La vie, ça s’affronte seul ! Et ça, je ne l’ai pas en moi… Je n’ai pas de blessures physiologiques, pourtant je suis épuisée, cassée, vidée, mais j’ai envie d’avoir une belle journée.

Je suis tourmentée, je cherche quelque chose d’inaccessible dans un environnement où je n’ai pas ma place. Le plus souvent je passe mon temps à rebrousser chemin. Je ne décide de rien et tous les paramètres me sont dictés pas l’extérieur, quelque-soient mes objectifs. Je tente de parvenir à un équilibre qui s’éloigne chaque fois que je pense l’atteindre. Mais je le répète, j’ai envie d’une belle journée, alors je commence par me persuader qu’on n’est pas samedi, que ce n’est pas le week-end. J’ai juste un jour de vacances !

Je m’attarde sur quelques jeux en ligne puis je fais la ménagère. J’étrenne mon lave linge, je fais la vaisselle, mon lit etc…

Demoiselle arrive, on cause, on déjeune.

Nos échanges sur ses projets professionnels sont passionnants, elle réfléchit, pèse le pour et le contre et semble apaisée dans ses envies malgré la pression des concours. Elle recommence à en passer dès lundi. J’espère pour elle que cette année sera la bonne.

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En fin d’après-midi, je me suis maquillée, vêtue de façon à ne pas détourner le regard si je devais en croiser un, puis je suis partie traverser la place de la Comédie…juste au moment où la manifestation remontait vers la Préfecture en beuglant l’Internationale, c’était tentant, j’ai beuglé à l’unisson.

pouponrouxjpg.jpgC’est en repartant faire mes vingt minutes de marche que je les ai rencontrés. Deux petits bonshommes, 8 et 6 ans, métis peut-être, coiffure afro, clairs de peau, mignons comme peuvent l’être les gosses. Le plus jeune a des tâches de rousseur sur le visage. Ils se sont détachés d’un petit groupe, tous revenaient d’un entraînement de foot.

Je marchais plus vite qu’eux et au moment où je les ai rejoints, l’aîné interdisait à son cadet de toucher à un chaton mort. Comme le petit insistait pour vérifier… »il respire peut-être encore » ! J’ai confirmé le constat du grand en disant que la veille au soir il y était déjà.

 

 

 

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- Ah bon ! Qui a fait ça ? Tu l’as vu ? Le pauvre, c’était encore un bébé !

- J’aurais bien voulu en avoir un, rajoute le grand. Mais je l’aurais d’abord emmené chez un docteur pour vérifier qu’il n’ait pas de maladies.

- Un vétérinaire, lui dis-je !

- Oui, c’est ça, le médecin pour les animaux…

Et nous voilà, cheminant ensemble tout en devisant sur les conditions probables entourant la mort de ce chaton. Je crois avoir oublié la plus réaliste : il a dû être projeté sur le trottoir par le tram, vu la proximité de la voie.

On a continué de marcher ensemble jusqu’à leur immeuble. J’y ai habité deux ans il y a 20 ans ! En y arrivant le grand m’a demandé de quelle origine j’étais après m’avoir dit que sa maman était camerounaise. Puis, quand je lui ai dit où j’étais née : elle a beaucoup d’amis de la Martinique, mais pas nous !

Alors que je leur disais au revoir d’un signe de la main, le grand m’a ému aux larmes par ces mots : bonne fin de journée, j’ai été particulièrement heureux de faire votre connaissance…

Ce n’est pas grand chose, mais dans mon désert affectif actuel, le niveau de langage de cet enfant , notamment cette dernière phrase m’a touché.

 

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J’ai pensé en rejoignant ma voiture, que sans l’avoir calculé, je venais de vivre la joie de cette rencontre avec intensité. Le vrai bonheur goûté en son temps…il en précédait un autre, puisque j’allais chercher  deux de mes filles pour passer ensemble une soirée mémorable.

29 octobre, 2010

Balbutier le sens de ma vie

 

 

Je n’ai jamais participé à cette manifestation, mais j’aimerais me retrouver à la fête de la Toussaint dans un cimetière de Fort de France. Les bougies, les corps qui se touchent, se frôlent dans un même élan pendant la procession : se rappeler des défunts. Leurs tombes ont été nettoyées, récurées encore plus que d’habitude et cette rutilance sera illuminée par ces flambeaux …sauf si les codes européens en matière de sécurité publique sont passés par là !

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Je pense comme souvent quand j’ai le moral en berne, au pays de mon enfance où j’ai été souvent agressée, violentée par l’incompréhension des adultes. Oui, j’étais une enfant humiliée qui ne savait pas se dire, souvent prisonnière de la parole de l’autre… Humiliée à cause de son statut d’enfant, d’incomplet, de pas fini, de non-comprenant, n’ayant aucun savoir… Il en reste des traces chez l’adulte que je suis devenue, souvent prisonnière de l’avis des autres.
Bien sûr j’ai tenté quelques sorties, comme à mes sept ans pour répondre (en croyant monter sur mes grands chevaux) au fiancé de mon institutrice qui me demandait l’heure…avec un regard moqueur qui disait que je ne pouvais pas savoir lire l’heure ! Puis deux ans plus tard, en tenant tête à une amie de mes parents, qui me demandait d’obtempérer sans m’expliquer le bien fondé de sa demande que je prenais pour un ordre, forcément injuste et infondé….

Et puis il y eut ces moqueries et vexations dans le bus ou la rue, à cause de mon uniforme et de la religion qui lui était associée. Progressivement, je suis née au savoir quand j’ai accepté de voir au-delà des apparences, quand je ne me suis plus contentée de porter des jugements, quand je suis sortie des certitudes et ai dépassé certaines croyances, pour accéder peut-être à l’humilité, à une attitude qui me permette de laisser arriver l’imprévu… Seulement quelques petits malins aimeraient me persuader que je fais l’inverse, parce que je ne partage pas avec eux mon cheminement et mes convictions, parce que je refuse depuis longtemps de me laisser apprivoiser.
Je suis encore d’une violence incroyable envers moi-même. Toute cette violence que je me retiens d’infliger aux autres. Je sors progressivement de cette ornière et je tente désespérément d’exprimer ce que je ne sais même pas formuler en secret… Ce besoin de recevoir et de prodiguer de la tendresse couplée à une envie de hurler en tapant du poing… Ce n’est pas par hasard que je suis devenue, d’abord éducatrice puis formatrice et passe ma vie à essayer d’aider les gens à devenir artisans de leurs propres existences, même quand je rate la mienne. … Apprendre à communiquer me demande beaucoup de rigueur et l’injure la plus cuisante que l’on puisse me faire c’est de me dire que je communique mal, que je ne sais pas écouter.

Je me retrouve malgré moi sur la planète taire, étrange planète ou on ne dit que l’inutile, la météo et l’air du temps qui de toute manière font bon ménage.Comment passer de la rencontre à la relation ? Du virtuel au réel ? Comment avoir des relations durables, de celles qui rendent jolie ? Qui ne m’enferment pas dans mes cicatrices et leurs douleurs ?

Il arrive que l’on me trouve compliquée, que l’on me reproche de trop réfléchir. Si c’est être compliquée que de se poser les questions sur les effets d’un mot, d’un geste et au delà d’une attitude sur celui à qui ils sont destinés. Alors oui, je suis compliquée.

Si c’est être compliquée que de vouloir comprendre les mécanismes qui signent la fin d’une relation. Et bien oui, je suis compliquée.

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Si c’est être compliquée que de tenter de conserver des amitiés ou des amours que je crois m’être bénéfique. Alors, oui je suis compliquée.

Si je refuse de faire honte à la petite fille que j’étais en refusant d’écouter les zadultes autour de moi qui me disent de tourner la page. Alors oui, je suis compliquée.

Je cherche du sens, sans cesse parce que pour moi, c’est nécessaire qu’il y en ait un ! Tant pis s’il n’en est pas de même pour tout le monde. Le manque de sens me panique et me tétanise. Le sens, je ne sais pas toujours le formuler, je mets du temps à le trouver car il m’échappe comme un parfum que je ne sais pas associer à une fleur.

Et si je veux que le sens corresponde à mes désirs, et bien oui, en plus d’être compliquée, je suis utopiste. J’attends de retrouver cette relation qui me semblait une évidence…

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